Fiche 6.1.8. La supervision collective

Cette fiche synthétise des travaux approuvés par les partenaires sociaux
du secteur non marchand, et largement diffusés depuis 2007
 [1]

Version pdf Fiche 6.1.8

Une définition - La supervision collective :

  • est un processus qui réunit un groupe de participants et un intervenant extérieur ;
  • part de situations concrètes amenées par les participants, et fait appel à l’intelligence collective ;
  • a pour objectif de faciliter la prise de conscience, l’expression et l’émergence de pistes d’amélioration et d’innovation, sur le plan des exigences du travail et/ou du service rendu ;
  • a un effet formatif, inscrit dans une préoccupation générale de formation continue et d’éducation permanente.

1. Y a-t-il un lien entre la supervision collective et le bien-être au travail ?

Tout en évitant la tentation d’en faire un remède applicable dès qu’un problème se présente, on constate qu’une supervision collective (appelée aussi « accompagnement d’équipe ») apporte une aide non négligeable à la prévention de certains risques dans une équipe (conflit, stress, lassitude, perte de sens du travail, burn-out, agressivité, etc.). Ce dispositif a pour avantages : de créer un espace de parole libre entre les travailleurs et un tiers ; de partager des réalités ou des difficultés ignorées de certains ; de rechercher ensemble des solutions ; de renforcer la cohésion, voire de remobiliser une équipe.
Des problématiques liées spécifiquement au bien-être peuvent évidemment y être abordées : prévention et gestion de l’agressivité de la part de tiers, etc.
Attention toutefois à ne pas utiliser à l’excès cet outil. Comme pour la formation ou toute intervention extérieure de « consultance », il y a des critères, des moments, des modalités à analyser avant de le mettre en place. Les travaux au sujet de ce dispositif, menés par l’APEF et validés par les partenaires sociaux, ont pour objectif d’aider à l’employer à bon escient.

2. Exemples concrets de demandes de supervision

Un service met en place une supervision pour…

  • Se préparer à prendre en charge des personnes handicapées majeures, alors que cela fait vingt ans que l’on y accueille des enfants polyhandicapés.
  • Adapter le projet pédagogique qui date de la fondation de l’ASBL.
  • Modifier la manière de rendre compte du travail auprès du pouvoir de tutelle.
  • Se préparer à déménager dans un autre quartier et dans de nouveaux locaux.
  • Refonder les objectifs de l’institution ; préciser le type de fonctionnement du centre en adéquation avec les objectifs.
  • Réfléchir à une meilleure répartition des rôles et tâches ; redéfinir les fonctions de chacun ; réfléchir aux responsabilités et à l’autonomie de chacun par rapport aux projets en cours et futurs ; travailler plus efficacement et plus sereinement ensemble.
  • Permettre une prise de recul en présence d’un tiers concernant les situations vécues comme problématiques :
    • rompre le sentiment d’isolement face à une situation difficile ;
    • ouvrir la réflexion ;
    • donner du sens à son intervention ;
    • fournir des outils méthodologiques.
  • Permettre une cohésion des pratiques entre travailleurs : réfléchir sur la place de chaque intervenant en fonction de sa formation, des missions et du cadre institutionnel, dans un contexte de travail pluridisciplinaire.
  • Améliorer la cohérence de l’équipe et, dans le travail, la communication entre travailleurs ; clarifier et apaiser les tensions.
  • Clarifier le profil de fonction, le rôle de chacun au sein de l’équipe. Renouveler le ROI.

3. Quels sont les acteurs concernés ?

  • Le commanditaire passe la commande de supervision et contrôle les ressources pour la mise en œuvre de l’action. Il s’agit, en général, du directeur ;
  • le superviseur collectif prend en charge le processus. Il garantit un cadre de travail favorisant l’exploration, l’analyse, la recherche de sens et la réflexion critique. En tant que généraliste, il est capable de proposer une large palette de lecture, allant de l’individuel au sociétal, en passant par le relationnel, le groupal, l’organisationnel et l’institutionnel. Il ne privilégie ni une approche théorique unique ni un seul niveau d’analyse ;
  • l’opérateur est un organisme qui regroupe des professionnels de la supervision ou de la formation, et qui reçoit la commande de supervision. Il permet aussi au superviseur de se situer dans une équipe de pairs ;
  • les participants sont, soit :
    • des membres d’une équipe de travail au sein d’un même service ;
    • des personnes exerçant une fonction identique dans l’organisation mais travaillant dans des implantations différentes ;
    • des personnes partageant le même métier mais employées par des organismes différents ; dans ce cas, certains utilisent le terme d’intervision.

4. Les types de supervision

La supervision se réalise à la demande d’un commanditaire et avec un groupe de participants. Elle ne peut être à l’usage exclusif d’aucun acteur, ni être focalisée sur le simple confort des travailleurs, ni avoir une visée normalisatrice selon les desiderata des commanditaires. Visant à améliorer la qualité du travail réalisé, dans le cadre où il est presté, elle a donc pour objectif la rencontre de tous ces acteurs dans ce qui les amène à collaborer. Elle doit en même temps garantir la rigueur de l’approche, et la créativité quand il est nécessaire d’innover dans les pratiques.

On peut représenter les pratiques de supervision dans un espace au croisement de 2 axes :

  • celui allant de l’institution-organisationnel au clinique-relationnel ;
  • celui de l’équipe-personnel versus usagers-projet.

On relève ainsi quatre types de supervision

 [2]

Dans les faits, des glissements et interactions entre ces différents types sont courants. En tant que processus qui part des participants, cette démarche se veut en effet souple et laisse place à l’adaptation nécessaire.

5. Repères déontologiques [3]

Engagements du superviseur

  • Contractualisation (vérifier qu’il y a un contrat établi entre les différentes parties) ;
  • extériorité par rapport aux participants et au commanditaire ;
  • loyauté vis-à-vis de l’opérateur de formation ;
  • réflexion personnelle permanente ;
  • légitimité et transparence par rapport au cadre de référence ;
  • confidentialité ;
  • prise en compte des intérêts des bénéficiaires ;
  • responsabilisation des participants ;
  • garantie quant aux règles de fonctionnement du groupe ;
  • possibilité d’arrêt de la supervision en cas de non-respect du contrat.

Engagements des participants

  • Respect et confidentialité ;
  • implication.

Engagements du commanditaire

  • Mise à disposition du cadre nécessaire au bon déroulement des séances ;
  • suivi quant aux pistes élaborées en supervision ;
  • paiement des prestations.

6. Missions du Superviseur [4]

  • Initiation du projet de supervision avec le commanditaire ;
  • amorçage du processus (la première rencontre avec le groupe) ;
  • conduite du processus de supervision (noyau de l’activité) ;
  • évaluation en continu et finale de la supervision.

7. Comment trouver et choisir un opérateur ?

Afin d’aider les associations à chercher et à choisir un organisme de formation (incluant la supervision), l’APEF met à leur disposition :

8. Soutien des Fonds sociaux

Des Fonds sociaux octroient des aides financières [5] et distinguent parfois différents types de soutiens suivant le thème prioritaire (ou la modalité) de l’accompagnement collectif.

[2De ce fait, elle n’est pas étrangère au dialogue social existant dans chaque service, mais ne doit en aucun cas se substituer aux dispositifs
de concertation entre les travailleurs et les employeurs.

[3Détails dans le dépliant et la brochure disponibles sur : www.apefasbl.org/lapef/actions-et-projets/supervision-collective

[4Idem

[5Cf. Fonds ISAJH, ASSS, 4S, ESS… www.apefasbl.org et www.fe-bi.org